Breizh Février 72


Dossier de presse pour l'Olympia


Breizh, mars 1972


15 ANS N° 78

Rock&Folk N°63 (Avril 1972) Critique du concert.

C'était à l'Olympia, le 28 février. Il faut toujours préciser les lieux et les dates. La date, en l'occurrence, parce que le moment était venu pour Alan Stivell de dépasser le succès « d'estime » qui avait jusqu'à présent été le sien, avec tout le risque d'équivoque que cette situation pouvait comporter si elle s'était prolongée. Donc, ni trop tôt, ni trop tard. Le lieu, parce qu'en dépit des problèmes qui, pendant l'année dernière, avaient bien failli les achever ou du moins les compromettre, les Musicoramas de l'Olympia, plaise ou non, restent le point de référence, quantitatif sinon qualitatif, des concerts pop sur Paris. Un moyen de « prendre la température », Beaucoup d'observateurs doutaient qu'Alan puisse, seul à l'affiche avec ses propres musiciens, garnir les quelques 2 500 places. Or à présent, la preuve est faite que l'on avait tort de s'inquiéter pour lui. et plus encore de ne pas croire au potentiel de popularité de sa musique celtique. Pour d'autres, cet encouragement ne suffit pas à dissiper toute réticence: ils estiment en effet que la grande majorité des spectateurs qui se déplacent lorsqu'Alan joue à Paris sont issus de la fidèle et inconditionnelle colonie bretonne. S'il est exact que, ce soir-là, on s'exclamait et on chantait pas mal en breton dans les rangs, et que les petits drapeaux blancs et noirs s'y agitaient frénétiquement, on ne saurait en conclure pour autant qu'il se soit agi d'un concert à vocation purement interne et « militante », Heureusement d'ailleurs.
 
Alan, ses deux harpes, sa flûte et son biniou étaient entourés et assistés de six musiciens, parmi lesquels les excellents Gabriel Yacoub (guitare ac et él. banjo) et René Werner (violon ou, pour faire plus folk, « fiddle »). Le bassiste et le second guitariste étaient hélas un peu en dehors du coup et ne jouaient pas tout à fait avec les autres (Alan devait plus tard m'expliquer que, de la scène, ils s'entendaient à peine jouer). tandis que le restant du groupe au contraire formait un ensemble assez sûr et précis, visiblement heureux de jouer. La première partie du concert fut principalement acoustique et traditionnelle: Alan égrenait tranquillement ses ballades, souvent vieilles de plusieurs siècles, comme « The trees they do grow high », et parfois fortement comiques et satiriques, comme cette rigolade que chantaient (moitié en breton, en français), pour se moquer de lui, les grognards bretons enrôlés de force par Napoléon 1er. Il y avait tour à tour des rires, des applaudissements et des acclamations exubérantes à chaque fois que, dans les commentaires d'Alan, se présentait une allusion politique, qu'elle fût historique ou actuelle. Bref, la salle était chaude.
 
Elle le fut plus encore lors de la seconde partie, au programme plus contemporain celle-là, comprenant davantage de morceaux électrifiés et qui se veulent plus franchement pop, à commencer par le déjà fameux « Pop plinn », Celui-ci, s'il n'est pas le seul, est en tous cas le premier morceau où Alan concrétise clairement ses théories sur le « rock celtique », Que cette démarche et ce terme ne vous fassent pas rire, sinon on ne pourrait plus discuter: après tout, le temps n'est pas si éloigné où East of Eden avait bien sorti « Irish blues» sans que personne se soit cru autorisé à en sourire (seulement. c'était un groupe anglais, ça aide). Alan Stivell pour sa part, fidèle à ses intentions du début, ne souhaite se limiter ni au public breton, ni à l'étiquette folk. Ces deux caractéristiques, peut-être utiles comme postulats provisoires lors de ses débuts, sont désormais dépassées, englobées (mais non rejetées). Il y a sans doute encore quelques problèmes techniques de mise en place des instruments et d'harmonisation entre les sons acoustiques et les sons électriques à régler, mais la base est saine, l'expérience originale.

Si l'on ajoute que les ventes de l'album « Reflets» ont atteint en 1971 les dix mille exemplaires en moins d'un an, on peut en conclure honnêtement que cela plaît. Gageons que « Renaissance de la harpe celtique », ainsi que l'album du concert de l'Olympia, feront mieux encore. A ce moment Alan pourra peut-être s'attaquer à la scène anglaise et, pourquoi pas, aux clubs américains. S'il réussit un jour aux États-Unis, cela lui permettra de devenir à son retour en France aussi célèbre qu'autrefois Maurice Chevalier. Comme quoi une harpe celtique, ça coûte plus cher qu'un canotier, mais ça swingue plus et c'est mieux pour faire danser le public del'Olympia à la fin d'un concert (ce qui fut fait). - JACQUES VASSAL.


Avenir de la Bretagne N° 194


Sav Breizh, mai 1972


Avenir de la Bretagne N° 196

Rock&Folk N°68 (Septembre 1972) Critique du disque.

ALAN STIVELL
A L'OLYMPIA. The wind of Keltia. An dro. The trees they grow high, An alarc'h. An durzhunel. Telenn gwad, The foggy dew. Pop plinn. Tha mi sgith. The king of the fairies. Tri martolod. Kost ar c'hoad. Suite sudarmoricaine.
FONTANA 6.399-095 (U)
Philips n'a pas raté l'occasion de sortir un album de ce concert historique d'Alan Stivell, son premier à l'Olympia, le 28 février dernier.
 
Bon, c'est justice pour Alan qui avait énormément travaillé pour préparer ce concert et qui sut d'un bout à l'autre (cf. un de nos récents numéros) lui conférer une ambiance de fête à laquelle personne ne pouvait 'être insensible, C'était sympa, heureux et sans complexes.
 
Le présent disque nous donne un tour d'horizon assez fidèle de ce Musicorama, avec des chansons en anglais, en breton et en irlandais, ainsi que des passages purement instrumentaux, parfois même électrifiés comme « Pop-plinn » qui fait sauter les gens de leurs fauteuils. Certes, l'Olympia est un cas très spécial par rapport à ces salles moins connues et moins grandes où Alan a l'habitude de passer en tournée; salles de concerts plus populaires, aux places moins chères, où la musique justement populaire rencontre enfin le public pour et par qui elle est faite. Un album enregistré par exemple au Modulobul de la Porte de Pantin aurait. À cet égard, été plus intéressant pour l'esprit ... quoique probablement pas pour les ventes. Enfin, il ya ici quand même une joie non feinte et une relation quasi amoureuse entre les musiciens et l'assistance. Peu d'artistes français (pardonne-moi de dire ça, Alan) parviennent à créer ce genre de situations. Et puis, Alan est à présent un des types qui tournent le plus, dans tous les coins, attirant à chaque fois en même temps la quantité et la qualité. Cet album, en est un témoignage probant (son seul défaut réside dans certaines faiblesses sonores, problème pas facile à résoudre dans la prise de son en concert). Et cela fait plaisir, enfin, de voir un mec reconnu en ayant pu rester fidèle à lui-même. Carry It on, Alan ! - JACQUES VASSAL.




Armor Magazine N° 36


Pop-Music N° 126